L'atelier
La terre, j’y suis née, j’ai toujours aimé. Mes parents étaient agriculteurs, « laboureurs, paysans » comme j’aimais à le dire et tous mes souvenirs sont liés à la terre. J’aimais cette vie rythmée par les saisons où on avait le temps. Dans les champs mon père trouvait quelquefois des fossiles, des silex taillés. Il me rapportait aussi de la terre glaise, une terre rouge, argileuse, épaisse, granuleuse, et je m’amusais à modeler des petits sujets. J’en ai gardé quelques-uns. Grand-père me prêtait parfois son canif pour tailler des bouts de bois. J’appelais ça « bricoler » et ça allait de pair avec les occupations de la ferme. Je n’ai jamais pensé que j’aurais pu en faire un métier. C’était un plaisir et ça n’avait rien à voir avec l’argent. Pendant des années, je n’ai guère eu le temps de toucher à la terre mais l’envie est revenue plus tard; comme une thérapie dans les moments difficiles, comme un espace de liberté dans une vie trop remplie.
Maintenant ils sont tous là, autour de moi. Ceux qui sont partis, que j’ai oubliés ou dont j’ai gardé la trace. Ceux que j’aime regarder et dont j’ai du mal à me séparer. Ceux que je suis heureuse de savoir chez des gens que j’aime. Ceux qui me trottent dans la tête et qui ne sont pas encore arrivés.
Marie-Christine Poisson
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